(4ème de couverture)
« Le présent du conte » est d’abord, au sens d’offrir, présent de la beauté et de la profondeur des contes, avec le « texte oral » de quelques contes, mythes et épopées. C’est aussi pour le temps présent, une invitation à découvrir l’oralité et ses exigences de l’humain dans nos sociétés mécanisées et informatisées. La permanente actualité du conte nous met en présence de notre propre présent, de notre condition d’homme, par le « merveilleux – monstrueux » caractéristique du conte. Aussi le conteur est-il proche du musicien par une oralité qui conjugue rythme et symbole pour notre enchantement. A la fois populaire et savant, le conte reste marqué de ses attaches métaphysiques, ce qui explique sa capacité à toucher le plus grand nombre sans faire l’impasse du sens dans ses attraits multiples.
Philippe Vaillant est enseignant et conteur, deux fonctions dont le trait d’union est la transmission par l’oralité. Sa formation de lettres classiques lui donne accès aux grandes œuvres faites pour la parole de l’antiquité grecque et son « métier » de conteur lui ouvre celles des traditions celtique et hindoue, avec pour guide les livres de René Guénon. Transmettre est le maître mot de sa vie, aussi bien auprès des étudiants que pour le public des contes touché par la puissance et la beauté des grandes œuvres orales de l’humanité.
Avant-propos
Ce livre est une réflexion sur l’oralité et l’art de conter. Fondé sur l’expérience, c’est aussi le travail d’un conteur à la recherche d’une oralité pour notre temps. On a beaucoup parlé du retour des conteurs et du renouveau du conte sans suffisamment prendre en compte que beaucoup était à concevoir, inventer et imaginer pour faire du conte autre chose qu’un divertissement. Pour donner des bases à l’art de conter, il fallait commencer par saisir ce mot d’oralité devenu un fourre-tout dans le spectacle vivant. Et pour manifester et affirmer forme et sens du conte dans la réalité vivante d’une tradition orale, s’est imposé le recours à la métaphysique dans ses attaches orientales. Une fondation nouvelle appelle un retour aux origines, surtout quand il s’agit de faire du conte un outil de transmission. Bref de conjuguer contenant et contenu pour une tradition adaptée aux exigences de l’humain dans des sociétés industrielles
Ainsi parler du conte en terme d’art c’est poser la question du sens et puisqu’il n’existe pour ainsi dire plus de grandes œuvres orales, force est de se tourner vers les chefs-d’œuvre du passé, dont l’universalité garantit la permanente actualité. C’est pourquoi ce livre est fait presque d’autant de pages pour la réflexion que de pages pour un texte oral de grandes œuvres de l’oralité, que ce soit le conte traditionnel ou les grandes épopées fondatrices des civilisations. Nos « humanités » nous ont dirigé vers l’antiquité grecque et la métaphysique nous a fait découvrir la grandeur des épopées de l’Inde ainsi que la profondeur souvent insoupçonnée de nos contes transcrits par les écrivains classiques et romantiques.
Dirons-nous que nous sommes devenu conteur quand par notre métier d’enseignant s’est infiltré le discours de la séduction avec ses facilités, qu’il a fallu transmuer en valeurs de l’humain dans la découverte progressive de l’oralité. Toutes les œuvres orales que nous proposons dans ce livre mûri sur de longues années sont des « improvisations contées » de notre part.
Puisse ce livre aider les conteurs pour l’éclosion du sens dans leur manière de conter, ainsi que toute personne désireuse d’explorer les richesses inépuisables de l’oralité.



